Article écrit par Jean-Marc DESSEYNE et paru dans le courrier du 30 juin
« La commune va me suivre »Les promoteurs avançaient fin mai comme date butoir pour le dépôt du dossier. Et pourtant, rien encore sur la table des édiles. Pourquoi ?
Kurt Dujardyn, le promoteur immobilier, justifie ce retard par l'application de la nouvelle législation en matière de modification de plan de secteur.
Ce nouveau décret a, en effet, été l'un des derniers à être approuvé et publié quelques jours avant les élections de juin. Auparavant, pour modifier l'affectation d'une zone du plan de secteur, la procédure devait être entérinée par la Région wallonne et l'ensemble de l'exécutif régional.
Dorénavant, lorsqu'il s'agit d'une modification à plus petite échelle, et le golf de Molenbaix en fait partie, il faut passer par un plan communal d'aménagement révisionnel (PCAR) qui, comme son nom l'indique, permet une révision du plan de secteur mais donne aussi une part de responsabilité beaucoup plus importante aux autorités communales. Tandis qu'à la Région wallonne, seul le ministre de l'Urbanisme devait rendre un avis.
Le décret venant juste d'être publié, le dossier « golf » est donc provisoirement en attente.
En attente des textes coordonnés législatifs qui précisent la procédure à suivre mais également dans l'attente de l'inscription du PCAR cellois au sein de la liste officielle.
Cette dernière étape est également fonction des futures nominations ministérielles.
Kurt Dujardyn, bien conscient que la décision du conseil communal pèsera désormais beaucoup plus dans la balance que l'avis a posteriori d'un seul ministre, a donc rencontré les conseillers à plusieurs reprises.
Il a également accepté les modifications imposées par la commune, à savoir la réduction du projet immobilier à 300 maisons, la suppression des constructions à droite de la rue du Château, et la disparition du golf de 9 trous. « J'ai accepté les desiderata des représentants communaux ; j'ai modifié le projet en fonction de leurs demandes. Je suis donc très confiant. Je suis sûr que la commune ne va plus faire marche arrière. J
'estime que le projet, étant porté par les politiciens, il l'est aussi par la population. Dès que les juristes auront analysé les modifications du décret, je suis prêt à déposer les documents "techniques" et les plans. »
Les plans sont, selon les termes de Kurt Dujardyn, des pièces à casser.Ils pourront donc encore être amendés afin de suivre les désirs communaux.
Parmi ces souhaits, on sait déjà qu'un bassin de débordement de plusieurs hectares est prévu en bas de la ferme T'Kindt. Sur le rieu de Billemont, on construira un barrage qui déviera les eaux en cas d'orage (niveau supérieur à 4 m) vers ce bassin.
Second élément respecté par les promoteurs : celui de conserver la typologie initiale des maisons en proposant un parc immobilier à bas prix, et ce malgré le fait que le nombre de maisons ait été revu à la baisse.
Troisième élément : il y aura bien, précisément, 250 maisons autour de la ferme d'Écavée, le club house, et 50 maisons en face de la maison de repos celloise.
Quatrième élément : le 9 trous en face de la ferme T'Kindt disparaît au profit d'une école de golf circulaire permettant l'apprentissage des différentes techniques.
Cet espace circulaire sera complété par un parcours initiatique relativement compact, mais il n'y aura aucune construction à proximité de cette école et pas de voiries non plus.
Les golfeurs y accéderont, en compagnie de leurs professeurs, à l'aide de voiturettes électriques « empruntées » au club house.
Pour cette zone, il ne faut pas de modification du plan de secteur.
J.-M.D
La Justice de Paix abattue
Après avoir essuyé les plâtres de la nouvelle législation en matière de plan communal d'aménagement à caractère révisionnel, le dossier du golf de Molenbaix sera également un précurseur en matière de compensations.
Jusqu'il y a peu, lorsqu'un promoteur introduisait une demande de modification du plan de secteur, il était obligé de réaffecter une surface équivalente dans une autre zone de la Wallonie : c'était le principe de la compensation planologique.
Ainsi, par exemple, pour transformer une zone agricole en zone d'extraction minière, il fallait compenser la disparition de terres agricoles en assainissant ailleurs des friches industrielles. Cette méthode assez complexe a été partiellement abandonnée au profit des compensations financières locales.
Souvent, c'est le promoteur ou la commune qui établissent la liste de ces retombées.
À Molenbaix, la grande innovation c'est qu'un groupe de citoyens cellois a planché sur ce dossier. Il semble que ce soit une première en Région wallonne.
Et ce comité vient de rendre sa copie.
La liste suivante figure donc en bonne et due place dans le dossier qui va être introduit à la commune.
Il y a d'abord la rénovation de la salle communale de Molenbaix et de la salle du Patro jouxtant celle-ci afin d'en faire un espace complémentaire.
Ensuite, la création d'espaces multisports « agoraspace » à plusieurs endroits de l'entité, la pose de mobilier urbain (panneaux, parcours VITA, fléchages touristiques).
Vient ensuite la construction de préaux pour les écoles libres de Molenbaix et Celles.
Et enfin, la part la plus importante des 900 000 € sera attribuée à la construction d'un espace intergénérationnel polyvalent sur le site de l'ancienne Justice de Paix à la rue Leclercqz à Celles. La commune a, d'ailleurs, déjà prévu la démolition de ce « palais » de justice.
Cette liste doit, évidemment, encore rencontré l'aval des autorités communales et de la Région wallonne.
Exception faite de la salle du Patro et des préaux, l'administration communale « héritera » ainsi de mobiliers et d'immeubles, dont elle aura la charge de l'entretien par la suite.
Et Rumillies, est-ce un concurrent ?
Le projet du golf de Rumillies est également en voie d'avancement. Mais contrairement à Molenbaix, le golf tournaisien ne doit pas demander de modification de plan de secteur. Il serait donc « finalisable » plus rapidement.
La ferme de Breuze serait transformée en un vaste immeuble regroupant des bureaux au rez-de-chaussée et des appartements à deux terrasses aux étages supérieurs. Cet immeuble moderne serait entouré par un golf de 9 trous.
Interrogé sur la concurrence que pourrait procurer ce parcours de 9 trous, Kurt Dujardyn estime qu'au contraire, les deux golfs n'en seraient que complémentaires et que la clientèle fréquentant l'un pourrait fort bien également se retrouver sur l'autre.
Selon une étude récente, la Belgique est largement en retard en matière d'équipements pour la pratique du golf par rapport aux pays voisins.
Aux Pays-Bas, il y a sept fois plus de golfeurs par habitant qu'en Belgique.
En France, trois fois plus.
Toujours selon cette étude, il faudrait encore construire 5 golfs de 18 trous et 4 de 9 trous en Belgique pour satisfaire la demande (joueurs en écolage actuellement).
En médiateur : Inter- EnvironnementLes opposants au projet du golf ont demandé à ce que Inter-Environnement Wallonie intervienne en tant que médiateur.
Kurt Dujardyn a accepté leur proposition.
« Je suis d'accord avec cette idée. C'est leur métier d'accompagner de tels dossiers. Leur aide sera la bienvenue car il est impératif de trouver des compromis.
La commune a également marqué son accord et nous avons une première réunion de travail le 8 juillet prochain. »